Monter (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

X e siècle. Issu du latin tardif montare, de même sens, dérivé de mons, montis, « montagne ».

I. V. intr. (se conjugue le plus souvent avec l'auxiliaire être ).

A. En parlant des êtres animés.
1. Se déplacer vers un point, un lieu plus élevé. Monter vite, facilement, avec peine. C'est un pays vallonné, on ne fait que et descendre. L'aigle monte plus haut que les autres oiseaux. Monter à un arbre, au haut d'un arbre. Monter à l'étage, dans sa chambre. Monter au sommet d'une montagne. Monter sur un escabeau. Loc. Monter sur l'échafaud, à l'échafaud. Monter à la tribune. Monter en chaire. Monter sur le trône, devenir roi ou reine. Monter sur scène, sur les planches, se faire comédien, exercer le métier d'acteur. Monter au ciel, gagner le paradis. Expr. fig. Monter sur ses ergots, prendre une attitude hautaine, agressive.
2. Spécialt. Se mettre sur le dos d'un animal qu'on prend pour monture. Monter à cheval. Monter sur un âne, à dos d'âne. Monter en croupe, derrière le cavalier. Monter en amazone, voir . Monter à cru, sans selle. Monter à cheval signifie également Savoir faire du cheval, avoir l'habitude de faire du cheval. Il lui a appris à à cheval et, absolt., à . Expr. fig. et fam. Monter sur ses grands chevaux, prendre les choses avec hauteur, remettre les gens à leur place. Prendre place dans ou sur un véhicule. Monter en voiture. Monter à bicyclette. Monter à bord d'un navire.
3. Dans certains tours et expressions. Se déplacer, s'avancer vers une position déterminée. Monter en ligne, au feu. Monter à l'assaut, sur la brèche. Monter au filet, au tennis, s'avancer près du filet au cours d'un échange, afin de jouer la balle avant son rebond. Se dit en particulier d'un déplacement du sud vers le nord (fam.). Monter de Marseille à Paris ou, simplement, à Paris.
4. Fig. Avancer, progresser dans une hiérarchie. Monter au faîte des honneurs. Monter en grade. Cette équipe de football monte en première division . Absolt. Un homme qui monte, qui est en train d'acquérir du pouvoir, de la notoriété, de l'importance. On dit aussi, dans le même sens : Son étoile monte. Spécialt. . Monter sur une carte, fournir une carte d'une valeur supérieure. Monter sur le dix.

B. En parlant de choses.
1. Être porté de bas en haut, s'élever. Le soleil monte sur l'horizon, à l'horizon. Le brouillard monte. L'avion est monté à cinq mille mètres d'altitude. Un avion qui monte en chandelle, rapidement et presque à la verticale. Par ext. Aller, conduire du bas vers le haut. Ce chemin monte doucement, monte en pente raide . En parlant de sons, d'odeurs, etc. La rumeur de la foule montait jusqu'à nous. Les parfums qui montent de ces fleurs. Spécialt. Se dit de ce qui gagne une partie du corps. Des larmes lui montaient aux yeux. Le sang lui monte au visage. Ce vin monte à la tête , grise rapidement. Fig. et fam. Le succès lui monte à la tête, lui fait perdre le sens des réalités, l'a rendu orgueilleux, présomptueux. La moutarde me monte au nez, la colère me gagne.
2. Gagner en hauteur, augmenter son niveau, croître. La Seine a monté de plusieurs centimètres. On attend que la marée monte. Ces salades ont monté en graine, ou simplement, ont monté. Les murs commencent à , prennent de la hauteur. Expr. fig. Monter comme une soupe au lait, se dit d'une personne qui se met brusquement en colère, qui est sujette à des colères vives et brutales. Par méton. Le baromètre, le thermomètre a monté, est monté, il indique une pression, une température plus élevée. Se dit particulièrement en parlant de sommes, de quantités qu'on additionne pour arriver à un certain total. Tous ces frais montent à cent mille francs. Le tout montant à ou, pron., se montant à dix mille francs. Ses effectifs se montent à deux mille hommes.
3. Augmenter en intensité, en valeur. La fièvre monte. Sa voix monte haut dans l'aigu. Le ton monte, la discussion devient plus vive. En parlant du prix, du coût atteint par quelque chose. Les enchères ont monté à tant, sont montées très haut. Le blé est monté à son plus haut cours. La Bourse a monté. Fig . La tension est encore montée entre ces deux pays.

II. V. tr. (se conjugue toujours avec l'auxiliaire Avoir ).
1. Parcourir de bas en haut, s'élever sur, aller au haut de. Monter une côte. Monter les degrés, les marches. Il a monté l'escalier. Par anal. Monter la gamme. Expr. Monter la garde, voir . Spécialt. Prendre pour monture. Monter un cheval, en être le cavalier, ou s'en servir habituellement, l'instruire, le dresser. Il monte un cheval blanc. Ce cheval ne se laisse pas facilement. Ce jockey monte le favori. Au participe passé, adjt. Officier monté, qui est à cheval. Infanterie montée. Les unités montées d'une armée. Police montée. Trot monté, où le jockey est sur le dos du cheval, par opposition à Trot attelé. En parlant d'un quadrupède mâle. Monter une femelle, une jument, la couvrir, s'accoupler avec elle.
2. Porter en un lieu plus élevé, hisser ; mettre à un niveau plus élevé, tirer vers le haut. Monter une malle. Monter le blé au grenier. Monter la mèche d'une lampe. Monter une sauce, une mayonnaise, la battre pour lui donner le volume et la consistance voulus. Monter des blancs d'œufs en neige. Expr. fig. et fam. Monter la tête à quelqu'un, lui inspirer une idée qui l'exalte, l'exciter. Monter une personne contre une autre, lui inspirer à son égard des sentiments hostiles. être monté contre quelqu'un (on dit aussi Remonté ). Être collet monté, voir . Pron. Il s'est monté la tête ou, pop., s'est monté le bourrichon. Se le cou, voir . 3. Accroître la valeur, l'intensité de quelque chose ; augmenter. Monter son train, sa dépense (expressions vieillies). Monter le son d'un poste de radio.
4. Dresser, assembler, ajuster différentes pièces pour former un ensemble. Monter une machine. Monter un ouvrage de serrurerie. Monter une charpente. Monter un fusil. Monter une tente. Monter les manches d'une veste, les assembler à la veste. Au participe passé, adjt. Un meuble livré tout monté. Plat monté (vieilli), dont les éléments sont dressés de manière décorative. Pièce montée , pâtisserie de grande taille, dressée de manière à servir d'ornement et imitant souvent des formes architecturales. Monter une estampe, la mettre sous verre, dans un cadre. Monter un métier, placer et tendre sur le métier l'étoffe, le canevas, la chaîne, le fil, etc., pour travailler. Monter des mailles, au tricot, former le premier rang de mailles sur l'aiguille. Monter un violon, une harpe, une guitare, un piano, etc., y mettre des cordes, en changer les cordes. Ce violon est bien, mal monté, les cordes en sont bonnes, mauvaises. Monter une pierre précieuse, la sertir. Monter une pierre, une perle en épingle, la fixer à une épingle pour en faire un objet de parure, un bijou. Expr. fig. Monter quelque chose en épingle, le mettre en valeur pour mieux attirer l'attention ; en exagérer l'importance. Monter un film, établir sa version définitive en assemblant les différents plans qui ont été tournés. Monter une émission radiophonique. Fig. Monter un opéra, une pièce, en préparer la représentation, en réaliser la mise en scène. Monter une entreprise, une opération, une cabale, la préparer, l'organiser, l'ourdir. Monter un coup, Coup monté, voir . Expr. fam. Monter un bateau à quelqu'un, lui en faire accroire, le mystifier. Monter un canular.
5. Fournir, pourvoir de tout ce qui est nécessaire. Monter son ménage. Pron. Se en linge, en argenterie.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

(Il se conjugue le plus ordinairement avec le verbe ÊTRE, mais, dans certains cas indiqués par l'usage, on l'emploie aussi avec le verbe AVOIR.) Se déplacer de bas en haut, en parlant des Êtres animés. "Monter vite, facilement. Monter avec peine. Monter lentement. Monter plus haut. C'est un pays inégal, on ne fait que et descendre. Monter sur un arbre, à un arbre, au haut d'un arbre. Monter à une échelle. Il est monté à sa chambre. Notre-Seigneur est monté au ciel. Monter chez quelqu'un. J'entends quelqu'un. Monter à l'autel. Monter sur une hauteur, sur une montagne. Monter sur un escabeau, sur une chaise. Il est hors d'haleine pour avoir monté trop vite."
Fig., "Monter sur le trône," Devenir roi ou reine.
Fig., "Monter sur le théâtre, sur les planches," Se faire comédien.
Il signifie aussi Se mettre sur un animal, dans un véhicule. "Monter à cheval, en voiture, en avion, à bicyclette. Ce jeune homme apprend à à cheval."
"Monter en croupe," Se placer à cheval derrière quelqu'un.
Prov. et fig., "Monter sur ses" grands "chevaux," Prendre les choses avec hauteur, montrer de la sévérité dans ses paroles.
"Monter sur un vaisseau," S'embarquer sur un vaisseau.
"Monter en chaire," Prêcher.
En termes de Guerre, "Monter à l'assaut," Attaquer une place forte, une position dont l'ordre est de s'emparer.
Prov., fig. et pop., "Monter sur ses ergots," Élever sa voix et son geste avec chaleur et audace.
MONTER signifie aussi, figurément, S'élever, dans l'ordre moral. "Monter au faîte des honneurs. Monter dans l'échelle sociale. Cet officier est monté en grade."
MONTER signifie encore, en parlant des Choses, Être porté de bas en haut, s'élever. "La flamme montait au-dessus des plus hautes maisons. Les vapeurs, les fumées du vin montent au cerveau. Ce vin monte à la tête. Le sang, la rougeur me montent au visage. La fièvre monte. La sève monte aux arbres. Le brouillard monte."
Il s'emploie, figurément, dans le même sens. "Les prières du juste, les cris des innocents qu'on persécute montent vers le ciel. Monter jusqu'aux cieux. Le cri de son peuple est monté jusqu'à lui."
Prov. et fig., "Monter aux nues," Avoir un immense succès. "Cette pièce est montée, a monté aux nues."
"Le soleil, les astres montent sur l'horizon," Ils s'élèvent ou paraissent s'élever sur l'horizon.
MONTER signifie, en termes de Musique, Passer du grave à l'aigu. "La voix monte par tons et par demi-tons."
MONTER signifie encore Augmenter de hauteur, de niveau, croître, grandir. "Cette route monte doucement. En ce moment la marée monte rapidement. La Seine a monté de plusieurs centimètres. Cet arbre monte trop."
Fig., "Le luxe est monté au plus haut degré. Sa dépravation, sa cruauté montèrent au comble. Sa vanité, depuis ce petit succès, monte à un tel point qu'il en est ridicule."
"Le baromètre monte," Le mercure qui est dans le tube du baromètre monte. On dit de même "Le thermomètre monte, a monté."
"Cette plante monte en graine," Elle a crû jusqu'au point d'avoir des graines, elle n'est plus bonne à manger, et dans peu elle produira de la graine.
Fig. et fam., "Cette fille monte en graine." Voyez GRAINE.
MONTER signifie, en outre, Hausser de prix, croître en valeur. "Le blé est monté à un prix qu'il n'avait encore jamais atteint. Les enchères ont monté très haut. Faire bien haut des meubles, des livres dans une vente publique. Ces actions ont beaucoup monté."
MONTER signifie encore S'élever, atteindre un total. "Toutes ces sommes montent, se montent à cent mille francs. Le mémoire de cet entrepreneur monte à tel chiffre. La dépense ne a pas bien haut. Les frais de son procès ont monté à tant." Dans la supputation d'un compte : "Le tout montant à dix mille francs."
MONTER, transitivement, signifie Parcourir de bas en haut, gravir. "Monter une montagne. Monter les degrés. Il a monté l'escalier."
"Monter un cheval," Être monté sur un cheval. "Il monte un cheval blanc. Ce cheval ne se laisse pas facilement."
"Monter un cheval" signifie aussi S'en servir habituellement. "Voilà le cheval que je monte." Il signifie encore Mener un cheval. "C'est ce piqueur qui a monté mon cheval. Je monte moi- même mes chevaux."
Adjectivement, "Officier monté," Officier qui est à cheval. "Infanterie montée."
"Monter un vaisseau," Le commander, servir à son bord. "Le contre-amiral montait le vaisseau le Formidable."
"Monter la garde" se dit d'une Troupe de gens armés qui vont faire la garde en quelque endroit. "C'est à telle escouade à la garde." Il se dit aussi de Chaque soldat qui est de service dans un poste pour un temps déterminé. "J'ai monté ma garde hier."
MONTER signifie aussi Porter en haut, hisser. "Monter une malle. Monter le blé au grenier."
Il signifie encore Mettre à un niveau, à un ton plus élevé. "Monter la mèche d'une lampe. On a monté ce violon trop haut. Ce tableau est très monté en couleurs," Il est d'une couleur très vigoureuse.
Fig., "Il s'est monté au ton de la plus haute éloquence. Le ton auquel a monté la discussion."
Fig. et fam., "Monter la tête à quelqu'un, Monter quelqu'un, Exciter, exalter quelqu'un. Sa tête s'est montée. Cet homme se monte aisément."
MONTER, transitivement, signifie aussi Accroître, augmenter. "Monter son train et sa dépense."
MONTER signifie encore, transitivement, Dresser, assembler, ajuster les pièces. "Monter une machine, un mécanisme. Monter un ouvrage de serrurerie, de menuiserie, etc. Monter une armoire, un buffet. Monter une porte de fer, une balustrade. Monter un fusil. Monter une charpente. Monter un lit."
"Monter un diamant," Le sertir. "Ce diamant est bien monté, mal monté."
"Monter une estampe," La mettre sous verre, dans un cadre.
"Monter un métier," Placer et tendre sur le métier l'étoffe, la toile, le canevas, la chaîne, le fil, la soie, etc., pour travailler.
"Monter un violon, une harpe, une guitare, un piano," Y mettre des cordes, y remettre de nouvelles cordes. On dit en ce sens "Ce violon est bien, est mal monté," Les cordes en sont bonnes, en sont mauvaises.
Adjectivement, "Pièce montée. Plat monté." Voyez PIÈCE, PLAT.
"Monter une horloge, une montre, un réveille- matin, etc.," En bander les ressorts, ou en rehausser les contrepoids. On dit aussi "Remonter."
Fig., en termes de Théâtre, "Monter un opéra, un drame," En préparer la représentation.
MONTER signifie encore, figurément, Dresser, organiser, préparer. "Monter un coup. Monter une entreprise. Monter une cabale." Adjectivement et figurément, "Coup monté." Voyez COUP.
Par extension, il signifie aussi Fournir, pourvoir de tout ce qui est nécessaire. "Monter son ménage. Sa maison est montée sur un pied trop coûteux. Je me suis monté en linge. Se en argenterie, en livres."
"Monter un cavalier," Lui fournir le cheval et l'équipement.
"Être bien monté, mal monté," Être monté sur un bon, sur un mauvais cheval.
Fig. et fam., "Être bien monté, mal monté," se dit de Quelqu'un qui est de bonne, de mauvaise humeur. "Vous êtes aujourd'hui bien mal monté. Je l'ai trouvé très mal monté à votre égard."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Aller en un lieu plus haut que celui où l'on était. Monter à une échelle. Monter à un arbre, sur un arbre. Les écureuils montent au haut des arbres. En allant du bord de la mer vers l'intérieur on monte toujours.
CORN.: « Allons donc les voir faire, et montons à la tour »
SACI: « Où est le Seigneur, qui nous a fait de la terre d'Egypte, qui nous a conduits par le désert au travers d'une terre inhabitée et inaccessible ? »
SÉV.: « Ceux qui ont vu l'exécution [de la Brinvilliers] disent qu'elle a monté sur l'échafaud avec bien du courage »
BOILEAU: « Ils montent au sommet de la fatale église »
BOILEAU: « La trop courte beauté monta sur des patins ; La coquette tendit ses lacs tous les matins »
RAC.: « Et moi je suis montée en haut de la muraille »
ROLLIN: « Il [Démosthène] vint à bout de vaincre tous ces obstacles [difficultés à parler], en mettant dans sa bouche de petits cailloux et prononçant ainsi plusieurs vers de suite à haute voix sans s'interrompre ; et cela même en marchant et en montant par des endroits fort roides et fort escarpés »
J. J. ROUSS.: « Ennuyée, elle avait monté dans sa chambre »
M. J. CHÉN.: « Non, je me livrerai tout seul à ma fortune, J'oserai sans pâlir dans la tribune »
CHATEAUBR.: « Une espèce de rampe en terrasse [à Sparte].... c'était peut-être le chemin par où l'on montait à la citadelle, qui ne devint très forte que sous les tyrans de Lacédémone »
LAMART.: « Sortez de vos débris antiques, Temples que pleurait Israël ; Relevez-vous, sacrés portiques ; Lévites, montez à l'autel »
LAMART.: « Il monte, et l'horizon grandit à chaque instant ; Il monte, et devant lui l'immensité s'étend.... Jusqu'au sommet suprême où son oeil enchanté S'empare de l'espace et plane en liberté »
    Populairement et fig. Monter sur ses ergots, s'emporter, parler audacieusement, impérieusement.
    Fig. Monter sur des échasses, se guinder.
    Fig. Monter au ciel, passer de cette vie à celle des bienheureux. Fils de saint Louis, montez au ciel, Paroles attribuées au confess. de Louis XVI sur l'échafaud.
    Fig. et populairement. Monter aux nues, se mettre en colère.
    Terme de marine. Monter, c'est, au moyen des enfléchures qui terminent les haubans, comme les échelons traversent une échelle, s'élever à la hune, aux barres de perroquet, etc.

 2   Monter chez quelqu'un, aller dans son logis, situé au premier étage ou plus haut.
HAUTEROCHE: « J'entends quelqu'un ; viens, ne nous montrons pas »
MOL.: « Montons chez Éliante, attendant sa venue »
    Familièrement, on dit en un sens analogue, par pléonasme : montez en haut.
LA FONT.: « Il monte en haut, et fait à la donzelle Son compliment, comme homme bien appris »

 3   Monter à cheval, se mettre sur un cheval. Il monta à cheval et partit.
    Par extension. Monter à cheval, manier un cheval, lui faire faire le manége.
    Monter en croupe, se placer à cheval derrière quelqu'un.
BOILEAU: « Un fou.... En vain monte à cheval pour tromper son ennui ; Le chagrin monte en croupe, et galope avec lui »
    Fig. Monter sur ses grands chevaux, prendre les choses avec hauteur ; locution tirée de l'usage des chevaliers, qui, allant en guerre, avaient deux chevaux, l'un plus petit sur lequel ils faisaient la marche, l'autre plus grand et plus fort sur lequel ils montaient pour le combat.
    Fig. Il le faut faire sur l'ours, se dit d'un enfant qui a peur.
    Populairement et fig. à l'arbre, par métaphore prise des ours du Jardin des Plantes, se laisser exciter à la colère, à l'espérance, etc. par quelqu'un qui se moque de vous. On dit en ce sens d'une manière absolue : je vais le faire .

 4   Monter à l'assaut, attaquer une place afin de l'emporter de vive force.
    Monter à la brèche, assaillir la brèche.

 5   Monter en voiture, entrer dans une voiture.
    Monter dans les carrosses du roi, ou, simplement, dans les carrosses, être admis à l'honneur de dans les carrosses du roi.
    Monter sur un vaisseau, sur un bateau, se mettre dans un vaisseau, dans un bateau.
SÉV.: « Nous sommes montés dans le bateau à six heures par le plus beau temps du monde »
RAYNAL: « On se présentait en foule pour sur les nouvelles flottes destinées aux voyages des Indes »
    Monter sur mer, s'embarquer.

 6   Monter sur un trône, aller de marche en marche s'asseoir sur un trône.
BOILEAU: « Aussitôt sur un trône éclatant de rubis L'imposteur monte, orné de superbes habits »
    Fig. Monter au trône, sur le trône, devenir roi ou reine.
CORN.: « Seigneur, montez au trône et commandez ici »
DIDEROT: « Néron monta sur le trône à dix-huit ans »

 7   Monter dans la chaire, les degrés qui conduisent à la chaire d'une église.
    Fig. Monter en chaire, prêcher.
BOILEAU: « Ou bien montez en chaire ; et là, comme un docteur, Allez de vos sermons endormir l'auditeur »

 8   Fig. Monter sur le Parnasse, composer des vers, se livrer à la poésie.
    Monter sur le théâtre, sur les planches, se faire comédien.
BOIL.: « ....Le théâtre abhorré Fut longtemps de la France un plaisir ignoré ; De pèlerins, dit-on, une troupe grossière En public à Paris y monta la première »
FÉN.: « Voilà un bel honneur pour un empereur romain que de sur le théâtre comme un bouffon »
    Monter sur les tréteaux, se faire bateleur.

 9   Monter à un tribunal, les degrés de l'estrade où un tribunal est placé.
    Fig.
FLÉCH.: « Le premier tribunal où il monta fut celui de sa conscience »
    Fig. Monter aux tribunaux, devenir juge.
FLÉCH.: « Cette impatience téméraire de la plupart des jeunes gens... qui se dispensent de l'ordre du temps et de la raison, pour précipitamment aux premiers tribunaux du royaume »
    Très populairement et absolument. Monter, comparaître comme accusé devant le tribunal correctionnel ou la cour d'assises. Il a eu des malheurs, il a monté.

 10   S'élever dans l'air. Il n'y a point d'oiseau qui monte plus haut que l'aigle. Le ballon monta lentement. La flamme montait plus haut que les maisons.
LAMART.: « ....L'encens qui monte et s'évapore Jusqu'au trône du Dieu que la nature adore »
A. DE VIGNY: « L'Espagnol a blessé l'aigle des Asturies.... Hérissé, l'oiseau part, et fait pleuvoir le sang, Monte aussi vite au ciel que l'éclair en descend »
    Terme de fauconnerie. Voler. Monter sur l'aile, se dit de l'oiseau, quand il s'incline sur une des ailes, et s'élève principalement par le mouvement de l'autre. Monter à l'essor, se dit des jeunes oiseaux qui s'essayent à voler, et qui commencent à tenter de hauts vols.

 11   Terme de marine. La mer monte pendant le flux.
DUCLOS: « La superstition et l'orgueil, qui persuadent aux grands qu'indépendamment de l'ordre général, ils sont l'objet d'une attention particulière de la Providence, firent publier que la mer n'était pas montée si haut qu'à l'ordinaire pour laisser les princes approcher du pont »
    Activement.
V. HUGO: « Ô flots, que vous savez de lugubres histoires !... Vous vous les racontez en montant les marées »
    On dit que le vent monte ou remonte, quand il se rapproche du nord.
    Un navire monte bien sur la lame, quand il se comporte bien par une grosse mer debout.

 12   Monter se dit de l'ascension d'un liquide dans des tuyaux, dans un bassin, etc. Le mercure qui monte dans un thermomètre. La séve monte aux arbres. Dans un réservoir, dans un bassin qui n'a point d'écoulement, l'eau monte de manière à se trouver de niveau, soit avec sa source, soit avec le point où l'on en a détourné le cours. Le baromètre monte, c'est-à-dire le mercure qui est dans le baromètre s'élève. On dit de même : le thermomètre monte.
    Monter se dit aussi d'un liquide que la chaleur ou une autre cause gonfle et élève. Le lait chauffé monte.
DIDER.: « Cette solution se gonflait, montait comme le lait, et se serait répandue, si le feu avait été un peu trop poussé »
GENLIS: « À mesure que la crème monte, lever ce qui est monté avec une écumoire »
GENLIS: « Vous fouettez les blancs [d'oeufs], jusqu'à ce qu'ils soient bien montés »
    Il se dit d'un cours d'eau dont le volume s'accroît et le niveau s'exhausse. La rivière a monté d'un pied.

 13   Monter se dit des végétaux qui grandissent et s'élèvent. Cet arbre monte trop, on le laisse trop croître.
    Cette plante monte en graine, dans peu elle produira de la graine ; locution provenant de ce que, dans beaucoup de plantes herbacées, la laitue, par exemple, la tige ne commence à s'élever qu'au moment de la floraison, et n'achève son évolution que concurremment avec la formation des graines. Ces laitues ont monté, elles ne sont plus bonnes à manger.
    Fig. et familièrement. Monter en graine, prendre des années, en parlant des filles pour qui se passent le temps et les chances de se marier.

 14   Les astres, le soleil montent sur l'horizon, ils s'élèvent, se rapprochent du zénith.
LAMART.: « Et le char vaporeux de la reine des ombres Monte et blanchit déjà les bords de l'horizon »
    Le soleil monte tous les jours, se dit lorsque le soleil s'approche tous les jours de plus en plus de notre zénith.

 15   Ce mur monte trop haut, il a trop d'élévation.
    Ce mur, ce collet d'habit, cette robe, etc. montent trop haut, ils ont trop de hauteur.
    On dit dans le sens contraire : ce mur, ce collet, etc. ne montent pas assez haut.

 16   Fig. Passer à un poste, à un degré au-dessus de celui qu'on occupait. Il était sergent, il est monté à la sous-lieutenance. Il était lieutenant et il est monté au grade de capitaine. Cet officier a monté en grade. Cet écolier était en troisième, il est monté en seconde.
CORN.: « Dedans Saint-Innocent il se fit secrétaire ; Après, montant d'état, il fut clerc d'un notaire »
MAIRAN: « Il [M. Hunauld] était monté à la place d'associé dans le mois d'août 1741 »
MAIRAN: « C'est de cette manière laborieuse et tardive que M. Petit vint à bout d'apprendre assez de latin et de belles-lettres pour pouvoir en philosophie »

 17   Fig. Obtenir quelque chose d'élevé.
CORN.: « Que trouvez-vous, madame, ou d'amer ou de rude à voir qu'un tel bonheur n'ait plus d'incertitude ; Et, quand dans quatre jours vous devez y , Quel importun chagrin pouvez-vous écouter ? »
BOILEAU: « Le fidèle.... Fuyant des vanités la dangereuse amorce, Aux honneurs appelé, n'y montait que par force »
LA BRUY.: « C'est encore beaucoup tirer de notre ami, si, ayant monté à une grande faveur, il est encore un homme de notre connaissance »
VOLT.: « La lumière a quelque chose de si divin qu'on serait tenté d'en faire un degré pour à des substances encore plus pures »
LAMART.: « Mais, pour à lui [dieu], notre esprit abattu Doit emprunter d'en haut sa force et sa vertu »
LAMART.: « Oui, mon âme se plaît à secouer ses chaînes : Déposant le fardeau des misères humaines, Laissant errer mes sens dans ce monde des corps, Au monde des esprits je monte sans efforts »
    Monter au faîte des honneurs, parvenir aux plus grandes dignités.
    Absolument.
MASS.: « Quiconque est ébloui de ce degré éminent où la naissance et la fortune l'ont placé, c'est dire qu'il n'était pas fait pour si haut »
LAMART.: « Avec nos passions formant sa vaste trame, Celui-là fonde un trône, et monte pour tomber »
V. HUGO: « La dernière campagne A fait bien haut le roi François premier »

 18   Monter se dit des substances capiteuses qui font impression sur le cerveau.
MOL.: « Le vin pur monte à la tête »
STAËL: « Le péril est comme le vin, il monte à la tête »
    On dit de même : le feu, le sang, la rougeur me montent au visage.
RAC.: « Ces mots ont fait la rougeur sur son front »
    Par extension. Il se dit des passions en un sens analogue.
LA FONT.: « Ce fut alors, dame ! ne vous déplaise, Que, le courroux lui montant au cerveau, Il s'en allait, enfonçant son chapeau, Mettre l'alarme en tout le voisinage »
MOL.: « Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte ; Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte »
BOSSUET: « Un établissement si manifeste du fanatisme où l'on veut que chacun juge de sa foi par son goût, c'est-à-dire qu'il prenne pour inspiration toutes les pensées qui lui montent dans le coeur, en un mot qu'il appelle Dieu tout ce qu'il songe »
HAMILT.: « La jalousie lui monte d'abord à la tête comme une vapeur maligne »

 19   Il se dit de choses morales ou abstraites que l'on suppose prendre leur essor vers le ciel.
SACI: « Ses péchés sont montés jusqu'au ciel, et Dieu s'est ressouvenu de ses iniquités »
RAC.: « Et le cri de son peuple est monté jusqu'à lui »
RAC.: « Puissent jusques au ciel vos soupirs innocents Monter comme l'odeur d'un agréable encens ! »
MASS.: « Quelle fut la première voix que votre coeur fit vers le Seigneur ? »
VOLT.: « Que leurs voeux jusqu'à toi montent avec les miens ! »
LAMART.: « Montez donc vers le ciel, montez, encens qu'il aime, Soupirs, gémissements, larmes, sanglots, blasphème.... Montez, allez frapper les voûtes insensibles Du palais des destins »

 20   Fig. Atteindre un degré élevé, au sens moral, avec un nom de chose pour sujet. Le luxe monte tous les jours.
CORN.: « Il verra, le perfide, à quel comble d'horreur De mes ressentiments peut la fureur »
CORN.: « Ne vous offensez pas d'ouïr parler en maître, Grande reine ; ce n'est que pour punir un traître, Criminel envers vous d'avoir trop écouté L'insolence où montait sa noire lâcheté »
CORN.: « Vois leur constance au milieu de leurs gênes, Monter plus haut, plus on les fait languir »
RAC.: « Le perfide ! à quel point son insolence monte ! »

 21   Terme de musique. Aller du grave à l'aigu, par intervalles conjoints ou disjoints. Ce chanteur monte jusqu'à l'ut.
BUFFON: « Leur voix [des grands pluviers], qui s'entend de très loin, est un son plaintif semblable à celui d'une flûte tierce et prolongé sur trois ou quatre tons en montant du grave à l'aigu »
GRÉTRY: « Monter par quintes ou ajouter un dièse »

 22   Fig. Hausser de prix, croître en valeur. Le blé a monté jusqu'à trente francs l'hectolitre. La rente monte, toutes les valeurs ont monté.
MARMONTEL: « Quand le prix du blé a progressivement, disait Necker, sans doute il réglera le prix de l'industrie et de tous les salaires »

 23   Monter, faire un total.
SCARR.: « À ce Turnus dont le bien monte à dix mille écus, à bon compte »
ROLLIN: « Les préparatifs de cette guerre durèrent trois ans ; l'armée de terre ne montait pas à moins de trois cent mille hommes »
D'ALEMB.: « Mille familles peut-être sont à l'aumône par cette banqueroute, qu'on fait à près de 40 millions »
RAYNAL: « On fait à deux cent mille le nombre des sauvages encore errants dans le Brésil »
    Dans la supputation d'un compte : le tout montant à tant. Toutes les sommes montant à celle de tant.
    Ce mémoire monte bien haut, il en coûtera beaucoup pour l'acquitter.
    Cette dépense n'a pas monté bien haut, elle a peu coûté.

 24   V. a. Parcourir en s'élevant, en passant d'un lieu bas à un lieu haut. Monter une côte.
ROTR.: « Montez, le fer en main, les rochers du Tymole »
BOILEAU: « De l'auguste chapelle ils montent les degrés »
    Monter, re un fleuve, une rivière, se rapprocher de leur source.

 25   Porter, transporter quelque chose en haut, l'y élever. Monter le blé au grenier. On monte les gros fardeaux avec des grues.
    Fig.
CORN.: « ...Après un tel bonheur, Deux ans les ont montés au haut degré d'honneur »
CORN.: « Est-ce là cette gloire et ce haut rang d'honneur Où le devait l'excès de son bonheur ? »
    Fixer à un point plus élevé. Il faut un peu ce cadre.
    Ce jupon, ce pantalon ne sont pas assez montés, ils ne sont pas attachés assez haut.

 26   Monter un cheval, être monté sur un cheval.
VAUGEL.: « Bucéphale ne souffrait point qu'aucun qu'Alexandre le montât ; et, quand il le sentait approcher, il se mettait à genoux »
FÉN.: « Elle monte un cheval écumant »
    Fig.
P. L. COUR.: « Les Français, abattus, bistournés par Napoléon, se laissent ferrer et à tous venants »
    Monter un cheval à nu, le sans selle, sans éperon et sans couverture. On dit aussi à poil ou à cru.
    Monter un cheval, s'en servir habituellement et aussi l'instruire, le dresser.
    Monter entre les piliers, se dit de l'élève qui monte le sauteur.
    Monter par haut, se dit de la manière de faire travailler les sauteurs, qui, s'élevant plus haut que terre à terre, manient à courbettes, à croupades, etc.

 27   Synonyme de saillir ; se dit surtout de l'accouplement du cheval et de la jument.
BUFF.: « De vieux chevaux qui n'avaient plus la force de la jument sans l'aide du palefrenier »

 28   Monter un navire, y être embarqué.
VOLT.: « Avec moins de cent hommes qui restaient de deux mille sept cents dont la flotte était montée »
    Particulièrement, un vaisseau, le commander. Monter la garde, faire la garde en quelque endroit.
    Monter sa garde, passer au poste le temps voulu par le service.
    Fig. Monter la garde autour de, surveiller activement.
    Monter la tranchée, faire la garde dans la tranchée.
SÉV.: « Il a monté la tranchée, il rend compte du siége à son oncle comme un vieil officier »

 30   Monter un cavalier, lui fournir un cheval et l'équipement.
    Par extension et par similitude avec la fourniture qu'on fait d'un cheval, fournir un établissement ou une personne de tout ce qui lui est nécessaire. Monter une imprimerie de ses presses. Monter une personne en linge.
J. J. ROUSS.: « La manière dont son ménage était monté était précisément celle que j'aurais choisie »
PICARD: « Il faut que je songe à ma maison »

 31   Monter une horloge, une montre, un réveille-matin, un tournebroche, etc. en rehausser les contre-poids ; ce qui a été cause qu'on s'est servi du mot , par extension, pour dire : bander les ressorts sans plus songer à l'ancien mécanisme qui consistait à hausser les poids.
DESC.: « Une montre lorsqu'elle est montée »
    Fig.
SAINT-SIMON: « On disait d'elle que son mari la montait à la cour tous les matins comme une horloge »

 32   Disposer les pièces d'une machine, d'un appareil de manière qu'ils puissent fonctionner, servir.
BUFF.: « Un miroir de douze pieds de largeur sur six pieds de hauteur ne laisse pas d'être une grosse machine embarrassante et difficile à mouvoir, à et à maintenir »
J. J. ROUSS.: « L'ouvrier qui monte la machine et la fait marcher »
    Fig. Monter une cabale, préparer une cabale. Monter un coup, une affaire.
    Fig. et familièrement. Monter une garde à quelqu'un, lui faire une vive réprimande ; locution qui paraît se rattacher à garde d'épée (voy. GARDE 1, n° 14)
    On dit dans le même sens populairement : une gamme à quelqu'un ; mais cela n'est pas bon : c'est chanter une gamme qu'il faut, voy. GAMME.
    Populairement, une scie, organiser contre quelqu'un un ennui que chacun répète.
    Monter une partie, prendre des dispositions pour une partie, faire des invitations.
    Monter un métier, accommoder et tendre sur le métier l'étoffe, la toile, le canevas, la chaîne, le fil, etc. pour travailler.
    Monter un diamant, le mettre en oeuvre.
    Monter une estampe, la mettre sous verre, dans un cadre.
    Monter un bouquet, disposer les fleurs d'une manière régulière et agréable à l'oeil.
    Monter un bonnet de femme, en disposer les parties, les ornements.
COMTE DE CAYLUS: « Puisque je monte vos bonnets, vous pouvez bien faire mes robes »
    On dit de même : un habit, une chemise.
    Monter une perruque, coudre les mèches de cheveux par rangées symétriques.
    Monter une pièce d'étain, la battre sur l'enclume nue, en faisant tourner à mesure la pièce sur elle-même.
    Monter un squelette, attacher l'un avec l'autre les différents os dans l'ordre et la position naturelle.
    Monter un ouvrage d'orfévrerie, de serrurerie, de menuiserie, etc. en assembler les pièces les unes avec les autres. Monter des pendants d'oreille. Monter un buffet. Monter une balustrade. Monter une charpente. Monter un lit.
CHATEAUBRIAND: « Ce collier [de porcelaine] était monté sur un fil de la racine du tremble »
    Terme d'imprimerie. Monter une casse, la dresser sur le rang.
    Terme militaire. Monter le bivac, arranger un bivac pour passer la nuit.
    Monter une batterie, mettre tous les canons d'une batterie sur leurs affûts, et les ranger de manière à pouvoir s'en servir.
    Terme de jeux. Monter une impériale, réunir les points nécessaires pour former et marquer une impériale.

 33   Mettre en place, quand il s'agit des pièces d'un navire. Monter le gouvernail, les pompes, etc. Lorsque toutes les pièces de ce vaisseau [un certain modèle] seront entièrement achevées, il faudra que vous le fassiez deux, trois ou quatre fois en votre présence, et que vous ne vous étonniez pas si, dans les premières fois, les charpentiers sont longtemps, parce que, dans l'usage, ils s'apprendront à le dans le temps nécessaire, Colbert à Arnoul, 1678, dans JAL.
    Terme de pêche. Monter un filet, le garnir de cordes, de flottes, de plombées, le mettre en état de servir.

 34   Monter un théâtre, le dresser pour qu'on puisse y jouer.
BÉRANG.: « Pour tromper leur douleur mortelle, Soudain un théâtre est monté »
    Monter une pièce, faire les répétitions et les préparatifs nécessaires pour la mise en scène et la représentation.
PICARD: « Nous vous attendons pour la répétition : don Japhet d'Arménie, que nous montons avec tous ses agréments »

 35   Monter un violon, une harpe, une guitare, un piano, y mettre de nouvelles cordes au ton qu'elles doivent avoir.
    Ce violon est bien, est mal monté, les cordes en sont bonnes, en sont mauvaises.
    Poétiquement et fig. Monter sa lyre, se disposer à faire des vers.
VOLT.: « L'amour en sa faveur avait monté ma lyre »
    Monter un instrument de musique, en hausser le ton. Monter un instrument au ton d'un autre.
    On dit dans le même sens : une corde de violon, de harpe, etc.
    Fig. Montez votre génie au ton que demande votre sujet, Mercure, 1717, dans DESFONTAINES.
PIRON: « À aisément ma lyre sur ce ton »

 36   Accroître, élever. Monter son train et sa dépense.

 37   Terme de peinture. Monter sa couleur, rendre la couleur de son tableau plus vigoureuse qu'on n'avait fait d'abord.

 38   Fig. et familièrement. Monter la tête à quelqu'un, ou, simplement, le , lui inspirer quelque idée qui s'empare de lui jusqu'à l'exalter.
SAINT-SIMON: « Je trompai ma mère qui ne découvrit que sur le point de l'exécution que j'avais monté mon père à ne se laisser point entamer »
CHATEAUBR.: « Un voyageur qui s'est bien monté la tête, doit être un peu confondu, quand il trouve, en arrivant dans la rue des Trépieds, les tracasseries de son village »
    Il faut bien distinguer, la tête qui signifie exciter, inspirer, et à la tête qui se dit d'une liqueur capiteuse ou d'une passion qui enivre.

 39   Se , v. réfl. Être gravi. La côte se monta péniblement.

 40   Recevoir un cavalier, en parlant du cheval ou autre bête de somme. Ce cheval se monte difficilement.

 41   Se , se procurer un cheval.
BOSSUET: « Et qu'au contraire, encore qu'il connût son dessein [d'assassiner le duc de Guise], il [Coligny] lui donna [à Poltrot] vingt écus à une fois, et cent écus à une autre pour se bien »
    Par extension. Se en, se fournir de. Se en argenterie, en meubles, en linge.

 42   Il se dit des pièces d'un appareil qu'on dispose. Cette machine se a quand on voudra.
    Fig. Se modeler, se régler.
SAINT-SIMON: « Rebours s'était sûrement monté sur le marquis de Mascarille ; il l'outrait encore »
J. J. ROUSS.: « Je me monte aisément à un train de vie quand il est volontaire »

 43   Fig. S'élever, se hausser. Il s'est monté à un ton qu'il ne soutiendra pas.
MIRABEAU: « Les hommes se montent naturellement au niveau de leurs espérances »
    Absolument. S'exciter, prendre des sentiments de colère, d'opiniâtreté, etc. Quand son imagination se monte.
RÉGNIER: « Mais cet autre à la fin se monte de parole »
BEAUMARCH.: « Quand la tête se monte, l'imagination la mieux réglée devient folle comme un rêve »
     Corresp. du gén. Klinglin, I, 182: L'esprit de l'armée se monte à tel point que...

 44   Il se dit aussi des choses qui croissent, s'augmentent.
CORN.: « Vos frères sont vainqueurs quand nous sommes trahis ; Et, voyant le haut point où leur gloire se monte, Vous regardez fort peu ce qui nous vient de honte »
CORN.: « À moi ? mes vanités jusque-là ne se montent »

 45   Former un certain total. Son armée se montait à vingt mille hommes.
BOILEAU: « Mon bien se monte à tant : tenez, voilà le vôtre »
DESTOUCHES: « ....à quoi vont les revenus du comte ? - Je ne saurais vous dire à quoi cela se monte »
VOLT.: « Les rentes sur l'hôtel de ville ne se montaient qu'à près d'onze millions »

PROVERBE Qui monte la mule, la ferre.

REMARQUE
    1. Monter se conjugue avec l'auxiliaire être, quand il marque l'état : il est monté dans sa chambre depuis une heure ; avec l'auxiliaire avoir, quand il exprime l'acte : il a monté quatre fois à sa chambre dans la journée. La rivière a monté de 10 centimètres depuis hier.
    2. Monter à un arbre, sur un arbre. On monte à un arbre pour dénicher des oiseaux. On monte sur un arbre pour se placer parmi les branches, à dessein soit de cueillir des fruits, soit de se cacher, soit de mieux voir.
    3. On monte en chaire pour prêcher ; on monte dans une chaire pour l'examiner. On monte en voiture pour partir ; on monte dans une voiture pour y examiner quelque chose.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. XV: Conseil d'orguil n'est dreiz que à plus munt
     ib. VII: Cil sont muntez [à cheval], qui le message firent
     ib. CCLXVI: En som [au sommet de] la tour muntée est Bramimonde
    XIIème siècle
     Ronc. 56: Après ces moz [il] a son cheval monté
     ib. 135: Lors est montez li rois sor un cheval
     Sax. XIV: Tost les degrés de marbre est montez au donjon
     ib. XXXII: De grant outrage faire nuls hom ne monteplie ; Ainz [mais] se monte et essauce qui son cuer umelie
     Th. le mart. 36: Car li reis est vers mei munté en si grant ire....
     ib. 74: Ultre mesure [il] en est orguilluz e muntez
     Couci, VI: Or [que] me lait [laisse] Diex en tel honor
    XIIIème siècle
     Berte, VII: [Ils] Orent Berte montée sur un palefroy bai
     ib. XXX: Ha Diex ! je cuidoie estre montée en si haut pris
BRUN. LATINI: « Il est propre nature des aigues [eaux], que eles montent tout comme eles avalent »
VILLEH.: « Et atendirent tant que li vens devers els monta mout durement »
BEAUMANOIR: « Lignages se pot diviser en quatre parties : la premiere partie en montant si comme mes pere et mere.... »
BEAUMANOIR: « Et tant ent les paroles que li hons de poesté dona au forestier une bafe [soufflet] »
JOINV.: « Or avint ainsi que tout li meuble que l'en apporta à l'ostel du legat ne ent que à six mille livres »
     la Rose, 20922: Vile orde garce, à vous que monte, Dist-ele, de moi contrester ?
     ib. 6984: Car de nule riens ge n'ai honte, Se tele n'est qu'à pechié monte
     ib. 248: Et quant aucuns à honor monte Par son sens ou par sa proesce
     ib. 985: Ains vous dirai que tout ce monte [ce que tout cela signifie], Ainçois que je fine mon conte
     Ren. 20412: Sire Ysengrin, de vostre honte, Por le cuer bieu, à moi que monte ?
     ib. 3196: Le vin est montez en la teste à Primaut, tant en a beü
     Ass. de Jérus. Préface: Le dit bailliage qui est de vostre droit et à vous monte d'avoir et tenir
    XIVème siècle
H. DE MONDEVILLE: « Cyrurgie est exposée et deffenie de diverses gens selonc ce qui leur monste es testes ou selonc divers regars »
    XVème siècle
FROISS.: « Si vint tout à pied messire Hervé jusques à Abbeville ; là se ent ; mais le dit messire Hervé estoit si travaillé qu'il ne pouvoit souffrir le chevaucher »
FROISS.: « Si ent ledit roi et ses gens au port de Douvres et vinrent sur une avesprée à Calais »
FROISS.: « Et estoit toujours bien monté de bons coursiers, de doubles roncins et de gros palefrois »
ID.: « À toi qu'en monte, si je lui blasme ses folies ?... - à moi qu'en monte ? dit l'archer ; il en monte assez ; car il est compaing à mon maistre »
MONSTREL.: « Quarante des mieux courants et plus experts de leur ost, et les mieux montés »
VILLON: « Tant lui fus gracieux Que s'elle eust dit : donne-moy de la lune, J'eusse entrepris de jusqu'aux cieux »
     Perceforest, t. V, f° 12: Gadifer n'avoit par tout son corps ne sur ses membres piece entiere, mais estoit tout son corps deshaché d'espée, ensorte que la plus grant piece ne montoit la paulme [n'était aussi grande que la paume de la main]
    XVIème siècle
AMYOT: « La doreure seulement monta à plus de sept millions deux cent mille escus »
AMYOT: « Il n'y avoit ny aucuns passans, ny batteaux montans ou avallans »
AMYOT: « Des rochers fort aspres à »
AMYOT: « Cela le faisoit encore plus arrogamment en gloire et en presumptueuse opinion de soy mesme »
AMYOT: « Du commencement il ne feit que se rire de leurs remonstrances ; mais puis après il monta en cholere, et se courrouça à bon esciant à eux »
MONT.: « Monter un chameau »
MONT.: « La vertu qui sera montée à tel poinct, que de non seulement mespriser la douleur.... »
MONT.: « Le mur est soubdain monté et clos »
MONT.: « Montant le prix de la place, nous montons le prix et le desir de la conqueste »
LANOUE: « Il semblera peut-estre que ceste foule [taxe] soit petite ; mais je pense qu'elle se monte plus de douze cent mille livres par an »
LANOUE: « Et afin que ces nobles et anoblis eussent moyen de se et entretenir »
D'AUB.: « La mer montoit et remplissoit le canal »
CARLOIX: « Ung coche doublé de velours cramoisy, et monté de quatre grandes cavalles de Turquie »
O. DE SERRES: « Plusieurs plantes se perdent par hastiveté, s'en montans trop tost en tige pour faire graine »
COTGRAVE: « Monter au grenier sans chandelle »
COTGRAVE: « Qui plus haut monte qu'il ne doit, de plus haut chet [tombe] qu'il ne voudroit »
LA BOÉTIE: « Il faudra.... que je monte, par maniere de dire, les bestes brutes en chaire, pour vous enseigner votre nature et condition »

ÉTYMOLOGIE
    Mont ; provenç. montar ; catal. muntar ; espagn. et ital. montar.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE MONTER.

 22   Ajoutez :
    Terme de turf. Un cheval monte, quand, perdant quelqu'une de ses qualités, la proportion dans laquelle on pariait contre lui augmente. Si un cheval valait 7 contre 1, et qu'on le cote 8 ou 9 contre 1, il monte en même temps que sa valeur baisse.

REMARQUE Ajoutez :
    4. Il avait froid ; il a monté se chauffer chez son directeur ; manière populaire de parler.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Se transporter dans un lieu plus haut que celui où l'on était. En ce sens, il se dit Des hommes et des animaux. "Monter vite, facilement. Monter avec peine. Monter lentement. Monter plus haut, bien haut. C'est un pays inégal, on ne fait que et descendre. Monter sur un arbre, à un arbre, au haut d'un arbre. Monter à une tour, au haut d'une tour, au haut d'une maison. Monter à une échelle. Notre-Seigneur est monté au ciel. Il a monté quatre fois à sa chambre pendant la journée. Il est monté dans sa chambre, et il y est resté. Monter dans une voiture, en voiture. Monter à l'autel. Monter sur une hauteur, sur une montagne. Monter sur un escabeau, sur une chaise. Les écureuils montent au haut des arbres. Les chamois montent au haut des rochers. Monter à cheval, sur un cheval."
Fig., "Monter à cheval," signifie aussi, Manier un cheval, lui faire faire le manége. "Ce jeune homme apprend à à cheval. Cet écuyer montre bien à à cheval."
"Monter en croupe," Se placer à cheval derrière quelqu'un. (Voyez vers la fin de la colonne suivante, "Monter un cheval.")
"Monter à l'assaut," Attaquer une place afin de l'emporter de vive force. "Monter à la brèche," Faire tous ses efforts pour entrer par la brèche dans une place assiégée.
"Monter sur un vaisseau, sur mer," S'embarquer sur un vaisseau. "Nous montâmes sur tel vaisseau pour faire le trajet."
"Monter en chaire," Prêcher. "C'est une chose très-pénible que de tous les jours en chaire."
"Monter sur le théâtre, sur les planches," Se faire comédien; et, "Monter sur les tréteaux", Se faire bateleur.
"Monter dans les carrosses du roi," ou simplement, "Monter dans les carrosses," Être admis à l'honneur de dans les carrosses du roi.
Fig., "Monter au faîte des honneurs," Parvenir aux plus grandes dignités. "Monter au trône, sur le trône," Devenir roi ou reine.
Fig., "Monter sur le Parnasse," Composer des vers, se livrer à la poésie.
Prov. et fig., "Monter sur ses grands chevaux", Prendre les choses avec hauteur, montrer de la fierté, de la sévérité dans ses paroles.
Prov., fig. et pop., "Monter sur ses ergots," Élever sa voix et son geste avec chaleur et audace.
Prov. et fig., "Monter aux nues," Se mettre en colère. "Quand on lui parle de cela, il monte aux nues. Vous me feriez aux nues."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, figurément, Passer à un poste, à un degré au-dessus de celui qu'on occupait. "Il était sergent, et il est monté à la sous-lieutenance. Il était lieutenant, et il est monté au grade de capitaine", ou, par ellipse, quand l'avancement a lieu dans le même corps, "Il est monté capitaine". On dit dans le même sens: "Cet officier est monté en grade. Cet écolier était en troisième, il est monté en seconde."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, S'élever. "Il n'y a point d'oiseau qui monte plus haut que l'aigle". En ce sens, il se dit plus ordinairement De certains corps, tels que l'eau, le feu, les vapeurs, le son, etc. "L'eau monte jusqu'au niveau de sa source. La flamme montait au-dessus des plus hautes maisons. Les vapeurs, les fumées du vin montent au cerveau. Ce vin monte à la tête. Il lui monte des chaleurs à la tête. Le feu, le sang, la rougeur, me montent au visage. La séve monte aux arbres. Le brouillard monte. La voix monte par tons et par demi-tons."
Il s'emploie figurément, dans le même sens. "Les prières du juste, les cris des innocents qu'on persécute, montent au ciel. Le cri de son peuple est monté jusqu'à lui."
"Le soleil, les astres montent sur l'horizon," Ils s'élèvent ou paraissent s'élever sur l'horizon.
"Le soleil monte tous les jours," se dit Lorsque le soleil s'approche tous les jours de plus en plus de notre zénith.
"Le baromètre monte," Le mercure qui est dans le tube du baromètre, monte. On dit de même, "Le thermomètre monte."
"Cette plante monte en graine," Elle n'est plus bonne à manger, et dans peu elle produira de la graine.
Fig. et fam., "Cette fille monte en graine," Elle avance en âge, et ne trouvera bientôt plus à se marier.
"Cet arbre monte trop haut," On le laisse trop croître. "Ce mur monte trop haut," Il a trop d'élévation. "Ce collet d'habit, cette robe, montent trop haut," Ils ont trop de hauteur. On dit dans le sens contraire, "Cet arbre, ce mur, ce collet, etc., ne montent pas assez haut."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Croître, s'accroître. "Tout à coup la rivière monta de plusieurs pouces."
Il est plus usité au sens moral. "Le luxe est monté au plus haut degré. Sa dépravation, sa cruauté, montèrent au comble. Sa vanité, depuis ce petit succès, monte à un tel point, qu'il en est ridicule. Son orgueil, son insolence, montèrent à un tel excès, que ses meilleurs amis furent forcés de l'abandonner."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie, en outre, Hausser de prix, croître en valeur. "Le blé est monté jusqu'à trente francs l'hectolitre. Faire bien haut des meubles, des livres, en les enchérissant. Les actions ont monté beaucoup. Les effets publics ont, à la paix."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi D'un total composé de plusieurs sommes, de plusieurs nombres. "Toutes ces sommes montent à cent mille francs. Les mémoires de ces ouvriers montent à tant. Son armée monte à vingt mille hommes. Les frais de son procès ont bien haut." Dans la supputation d'un compte: "Le tout montant à tant. Toutes les sommes montant à celle de tant."
Il s'emploie, dans le même sens, avec le pronom personnel. "Toutes ces sommes se montent à cent mille francs. Son armée se montait à vingt mille hommes. Etc."
"Ce mémoire monte bien haut," Il en coûtera beaucoup pour l'acquitter. "Cette dépense n'a pas monté haut," Elle a peu coûté.



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se prend activement dans plusieurs acceptions; par exemple, dans le sens de Se transporter en un lieu plus haut que celui où l'on était. "Monter une montagne. Monter les degrés. Il a monté l'escalier. Etc."
"Monter un cheval," Être monté sur un cheval. "Il monte un cheval blanc. Ce cheval ne se laisse pas facilement."
"Monter un cheval," signifie aussi, S'en servir habituellement. "Voilà le cheval que je monte." Il signifie encore, Instruire, dresser un cheval. "C'est ce piqueur qui a monté mon cheval. Je monte moi-même mes chevaux."
"Monter un vaisseau," Le commander. "Le contre-amiral montait le vaisseau le Formidable".



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



employé activement, signifie aussi, Fournir un établissement ou une personne de tout ce qui lui est nécessaire. "Monter une maison, son ménage. Votre maison est montée sur un pied trop coûteux; la sienne est montée sur un pied trop mesquin. Monter un théâtre, un spectacle. Monter une imprimerie de ses presses. Monter une personne en linge." Dans ce sens, il s'emploie quelquefois avec le pronom personnel. "Je me suis monté en linge. Cette dame s'est bien montée en dentelles. Se en argenterie, en livres."
"Monter un cavalier," Lui fournir le cheval et l'équipement. "Il lui en a coûté tant pour chaque cavalier. Il a monté toute une compagnie à ses dépens."
"Monter un ouvrage d'orfévrerie, de serrurerie, de menuiserie, etc.," En assembler les pièces les unes avec les autres. "Monter une croix de diamants, des pendants d'oreilles. Monter une armoire, un buffet. Monter une porte de fer, une balustrade. Monter un fusil. Monter une charpente. Monter un lit. Monter un habit, une chemise, etc."
Fig., "Monter une cabale," Préparer une cabale. "Ils ont monté une cabale contre lui."
"Monter un diamant," Le mettre en oeuvre. "Ce diamant est bien monté, mal monté."
"Monter une estampe," La mettre sous verre, dans un cadre.
"Monter un métier," Accommoder et tendre sur le métier l'étoffe, la toile, le canevas, la chaîne, le fil, la soie, etc., pour travailler.
"Monter un violon, une harpe, une guitare, un piano," Y mettre des cordes, y remettre de nouvelles cordes. "Il m'en a coûté tant pour ma harpe." On dit en ce sens, "Ce violon est bien, est mal monté," Les cordes en sont bonnes, en sont mauvaises.
Poétiq., "Monter sa lyre," Se disposer à faire des vers.
"Monter une horloge, une montre, un réveille-matin, un tournebroche, etc.," En bander les ressorts, on en rehausser les contre-poids.
"Monter la garde," se dit D'une troupe de gens de guerre qui vont faire la garde en quelque endroit. "C'est à telle compagnie, à tel capitaine à la garde chez le général". Il se dit aussi De chaque soldat qui est de service dans un poste pour un temps déterminé. "J'ai monté ma garde hier."
Fig. et fam., "Monter une garde à quelqu'un," Lui faire une vive réprimande.
"Monter la tranchée," Monter la garde dans la tranchée.



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



employé activement, signifie aussi, Élever, accroître. "Monter son train et sa dépense."
"Monter un instrument de musique," En hausser le ton. "On a monté ce violon trop haut. Monter un instrument au ton d'un autre." On dit dans le même sens, "Monter une corde de violon, de harpe, etc."
En Peinture, "Monter sa couleur," Rendre la couleur de son tableau plus vigoureuse qu'on n'avait fait d'abord.
Fig. et fam., "Monter la tête à quelqu'un," Lui inspirer quelque idée qui s'empare de lui jusqu'à l'exalter. "On lui a monté la tête sur cet objet."



10ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



pris activement, signifie encore, Porter, transporter quelque chose en haut, ou l'y élever. "Il faut tous ces meubles dans une chambre. Monter du foin au grenier. On monte les grosses pierres sur les édifices avec des grues."
Il s'emploie quelquefois, avec le pronom personnel, dans un sens figuré analogue au sens précédent. "Il s'est monté au ton de la plus haute éloquence. Il s'est monté à un ton qu'il ne pourra soutenir."
Il signifie absolument, S'exalter, s'échauffer, s'irriter. "Quand son imagination se monte, il devient intraitable. Sa tête s'est montée, et il nous a injuriés. Cet homme se monte aisément."




Emplacement dans le dictionnaire :

monté
monte
monte-à-regret
monte-au-ciel
monte-charge
monte-jus
monte-plats
monte-ressort
montée

monteur
montgolfière
monticule
montjoie
montoir
montrable
montre
montré
montrée
montrer
montreur




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...? Les dieux souffriront-ils ma désobéissance ? Puis-je trahir la Grèce et rompre l'alliance ? Une aveugle fureur me force à tout oser. Je la livre à l'autel, à quoi bon m'opposer ? Je t'y verrai monter, défaillante, éperdue, et je supporterai, ma fille, cette vue. Ni tes beaux yeux en pleurs, ni ton dernier appel, n'écarteront tes pas, ma fille, de l'autel : c'est là que j'ai dressé ta nuptiale...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...que j'aime ton visage ! ÉNONE CL. VIS., IX, ÉNONE, ... énone, j'avais cru qu'en aimant ta beauté où l'âme avec le corps trouvent leur unité, j'allais, m'affermissant et le coeur et l'esprit, monter jusqu'à cela qui jamais ne périt, n'ayant été crée, qui n'est froidure ou feu, qui n'est beau quelque part et laid en autre lieu ; et me flattais encor d'une belle harmonie que j'eusse composé'du...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...long de notre route, c'étaient ces fougères toujours, qui étalaient leurs immenses feuilles avec un luxe de découpure et une fraîcheur de nuances incomparables. -et nous continuâmes tout le jour à monter, vers des régions solitaires que ne traversait plus aucun sentier humain ; devant nous s'ouvraient de temps à autre des vallées profondes, des déchirures noires et tourmentées ; l'air devenait de...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...et composée des feuilles d'une toute petite plante parasite très odorante, sorte de lycopode rare qui pousse sur les branches de certains arbres des forêts. Les Chinois excellent dans l'art de monter des tiaré très artistiques, qu'ils vendent fort cher aux femmes de Papeete. Le tiaré est particulièrement l'ornement des fêtes, des festins et des danses ; lorsqu'il est offert par une Tahitienne à...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...pour cette fois à ce conseil terrible qui mène les matelots en prison, ce serait sa dernière grande faute. Il avait aussi espoir en moi, et puis, surtout, envie de me voir. Et il pria Barrada de monter me chercher. CHAPITRE VIII Il y avait sept ans qu'Yves était mon ami quand il fit cette équipée de retour. Nous étions entrés dans la marine par des portes différentes : lui, deux années avant moi,...


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